La transformation des systèmes agroalimentaires en Afrique dépend de la capacité active des jeunes à façonner ces systèmes, plutôt que d’en rester à l’écart. Partout sur le continent, les jeunes entendent dire que l’agriculture est une opportunité, mais une opportunité sans accès aux marchés, au financement, aux compétences et aux espaces de décision conduit rarement à une véritable transformation. En République centrafricaine, l’agriculture emploie la majorité de la population et contribue largement aux revenus ruraux, alors même qu’une faible part seulement des terres arables est exploitée. Le pays dispose d’un potentiel considérable dans l’élevage et se situe à un carrefour stratégique de marchés régionaux reliant le Cameroun, le Tchad, le Congo et le Soudan. Dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), ces réalités géographiques représentent une opportunité à grande échelle. Mais l’ouverture des marchés ne se traduit pas automatiquement par la prospérité des jeunes. Pour que les jeunes agripreneurs puissent bénéficier de la ZLECAf et de l’intégration régionale, ils doivent être prêts à commercer. Cela suppose l’existence de coopératives structurées, le développement de chaînes de valeur, l’accès au financement, des systèmes de production résilients face au climat, ainsi que les compétences techniques nécessaires pour respecter les normes de qualité. Cela exige également un élément moins souvent évoqué mais tout aussi essentiel : l’influence. Lors d’un récent dialogue national sur l’agribusiness des jeunes, organisé à Bangui, un changement s’est opéré. Les discussions ont dépassé la seule question de l’accès aux opportunités pour s’intéresser à l’accès aux systèmes eux-mêmes. De jeunes entrepreneurs ont dialogué directement avec les responsables des plans nationaux de développement, des stratégies agricoles et des cadres continentaux liés à la Déclaration de Kampala du CAADP (2026–2035). La question n’était plus « Quel soutien pouvons-nous obtenir ? », mais « Comment pouvons-nous influencer les politiques publiques, les priorités budgétaires et les structures de marché ? ». Ce passage d’une logique de demande de soutien à une capacité à façonner les systèmes est déterminant. Les données montrent que l’inclusion des jeunes dans les systèmes agroalimentaires progresse lorsque les environnements favorables, l’accès aux services, au financement et aux marchés, ainsi que les mécanismes de résilience, sont alignés. Des outils comme le YAPI permettent de suivre les progrès réalisés dans ces différents domaines. Mesurer la participation des jeunes constitue une base essentielle pour les réformes institutionnelles. Sans données, les engagements restent rhétoriques. Avec des systèmes de suivi, les gouvernements et leurs partenaires peuvent identifier les blocages structurels et prioriser des réformes capables de produire un impact durable.
L’avenir agroalimentaire de l’Afrique est dans les mains des jeunes

Leave a Reply